ALAIN FOKA, ANIMATEUR DE L’EMISSION ARCHIVES D’AFRIQUE A RFI/« Ils sont nombreux les présidents auxquels je ne voudrais pas ressembler »

06/29/2014

« Nul n’a le droit d’effacer une page de l’histoire d’un peuple, car un peuple sans histoire est un monde sans âme». Vous reconnaissez certainement l’auteur de cette citation qui n’est personne d’autre que l’animateur de l’émission Archives d’Afrique, Alain Foka, sur les antennes de la Radio France internationale. Après avoir mis à la disposition de ses auditeurs les volumes 1 et 2 version audio des archives d’Afrique, Alain Foka vient de faire la dédicace du volume 1 version vidéo de son émission à Ouagadougou, le jeudi 19 juin dernier, précisément à Azalaï Hôtel. Un coffret de 6 DVD qui retrace l’histoire de 4 grands hommes du continent africain en 8 heures. Sékou Touré de la Guinée, Seyni Kountché du Niger, Félix Houphouet Boigny de la Côte d’Ivoire et Ahmadou Ahidjo du Cameroun, c’est l’histoire de ces quatre grands hommes que Alain Foka a racontée dans son coffret vidéo volume 1. Avec des images et des témoignages, ce coffret raconte donc l’histoire de ces hommes contemporains comme personne ne l’a jamais racontée. Au cours de la dédicace qui a eu lieu à Azalaï hôtel indépendance, en présence de plusieurs invités, Alain Foka a expliqué les raisons qui l’ont conduit à réaliser le coffret en ces termes : « Certains humoristes ironisent à raison sur la tendance des intellectuels africains à diagnostiquer le mal dont souffre leur continent. Des intellectuels qui, à chaque fois, rendent responsables les autres, les dirigeants et les néo-colons mais qui, dans le même temps, ne font rien pour y remédier. On les a baptisés «Il faudrait». C’est pour ne pas demeurer dans la catégorie de ces « Il faudrait » que j’ai pris l’initiative, il y a maintenant une vingtaine d’année, de participer à la réappropriation de notre histoire ». Une histoire dont la réappropriation n’est pas du tout facile, selon l’auteur, car « les archives des dirigeants africains ne se trouvent pas dans leur pays ». Il confie en effet que c’est dans les pays européens, asiatiques et américains qu’il s’est rendu pour retrouver les archives de certains dirigeants du continent africain. « Je n’ai trouvé une seule minute d’archive des dirigeants africains sur lesquels j’ai travaillé. C’est dommage de le dire mais c’est ainsi. Les archives de l’Afrique se retrouvent dans les autres continents », a dit Alain Foka. La narration de l’histoire de l’Afrique faite par le maître d’hier, affirme-t-il, a été manipulée et façonnée. « Narration dans laquelle le noir était un sous- homme qu’il a eu le mérite et la magnanimité d’éduquer et de civiliser. Un être inférieur qu’il a domestiqué, à qui il a appris à sortir de sa sauvagerie et à accéder au savoir. Le coffret coûte 65 000 F CFA Narration dans laquelle il n’y a pas eu de héros ou de penseurs sur notre continent. Les nationalistes sont vite devenus des maquisards dans les manuels d’histoire », a fait savoir l’animateur de l’émission Archives d’Afrique qui ajoute : « C’est pour en finir avec cela, cette insidieuse colonisation de l’esprit, que j’ai souhaité apporter ma contribution. Non pas en enjolivant, non pas en fabriquant des héros, des grands penseurs, mais simplement en gravant sur des supports pérennes les archives des contemporains qui ont marqué positivement ou négativement l’histoire du 20e siècle et du 21e siècle ». Premier volume d’une série, le coffret qui coûte la somme de 100 euros, soit 65 000 F CFA, a été très bien apprécié par les invités à la cérémonie qui n’ont pas manqué l’occasion de poser des questions à son auteur. « A quand le DVD sur les archives de Blaise Compaoré », a voulu savoir un invité. A cette question, Alain Foka dit à l’auteur de la question de ne pas lui créer des problèmes avant de lui répondre que le DVD sur Blaise Compaoré n’est pas pour maintenant car il ne fait pas des DVD sur des dirigeants qui sont toujours au pouvoir. Mais en attendant, il annonce que le 2e volume du coffret qu’il vient de dédicacer sortira en décembre avec 3 DVD consacrés à Thomas Sankara. Ablassé Ouédraogo, lui, a voulu savoir à quel dirigeant Alain Foka voudrait ressembler et celui à qui il ne voudrait pas du tout ressembler. « Des présidents que j’ai eu à côtoyer, c’est Nelson Mandela qui m’a beaucoup marqué positivement ; donc c’est à lui que je voudrais ressembler. Il faut dire qu’ils sont nombreux les présidents auxquels je ne voudrais pas du tout ressembler et la plupart sont toujours aux affaires », a répondu Alain Foka sous les applaudissements du public. Avant de passer à la dédicace des coffrets achetés en nombre par les invités, l’auteur a remis deux coffrets respectivement au département d’histoire et de géographie de l’Université de Ouagadougou et à l’Université Aube Nouvelle (ISIG). « J’espère qu’ils resteront dans vos vidéothèques et qu’ils nourriront à la fois votre nostalgie mais également la culture de vos enfants ; qu’ils contribueront à mettre à cette propension à ne s’en remettre qu’aux seuls documents coloniaux qui ont fait l’objet de tant de manipulations », a espéré Alain Foka. Yannick SANKARA